Le Gypaète Barbu

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La fiche espèce

Gypaetus barbatus

Ordre des rapaces diurnes

Famille des Accipitridés

Un des plus grands rapaces d’Europe, il est un animal exceptionnel de part sa taille, sa longévité et l’étendue de son territoire. Il tire son nom d’espèce "barbatus" d’une sorte de barbichette de plumes qui pousse au niveau du bec.

Exterminé par l’homme, le gypaète barbu avait disparu dans les Alpes au début du 20ème siècle. Un vaste programme international de réintroduction est en cours depuis 1986 dans les Alpes, avec des lâchers sur l’espace de l’Argentera-Mercantour dès 1993.

Le gypaète barbu

Le gypaète barbu - (Photo de F. Breton / PNM)

 

Carte d'identité

Poids : 5-7 kg
Envergure : 270-285 cm
Maturité sexuelle : 5-8 ans
Durée de vie maximale : 45 ans (en captivité)
Habitat :

  • Europe, Asie, Afrique du Nord : Sous-espèce:
    Gypaetus barbatus barbatus
  • Afrique de l'Est et du Sud : Sous-espèce :
    Gypaetus barbatus meridionalis

Nom : Français : Gypaète barbu ; Allemand : Bartgeier ; Anglais : Bearded Vulture ; Italien : Gipeto
Surnom : Le Phène des Alpes, Le Casseur d'os
Nom scientifique :Gypaetus barbatus

Portrait de gypaète

Portrait d'un gypaète barbu (Photo : PNM / DR)

 

Comment le reconnaître ?

Le gypaète se distingue avant tout par sa grande taille avec une envergure d’environ 2,80 m, qui font de lui un des plus grands oiseaux d’Europe avec les vautours fauve et moine. Ses ailes plus fines, sa queue allongée et en coin permettent de le distinguer de ces deux vautours.

Le gypaète adulte a une tête et un poitrail blanc-orangé et des ailes contrastées de gris et de noir sur le dessous. De près, son œil est entouré d’un remarquable cercle rouge plus ou moins dilaté lui permettant de communiquer des émotions.

 

Biologie et comportement

Comme les autres vautours, il est strictement charognard. On l’appelle aussi le « casseur d’os » car il se nourrit à 80 % d’os et de ligaments prélevés sur les carcasses d’ongulés morts. Il vient donc en général se nourrir sur les restes dédaignés par les corbeaux, aigles ou vautours fauves. Il avale les os en entier ou, pour les plus gros, après les avoir cassés en les lâchant sur des rochers lorsqu’il est en vol. De puissants sucs gastriques lui permettent d’assimiler cette nourriture peu commune.

Le gypaète est un oiseau sédentaire qui passe toute l’année en couple sur son territoire. Il niche en falaise dans une aire constituée de branchages et d’une coupe douillette de laine permettant à l’unique poussin de résister au froid régnant en altitude. Son faible taux de reproduction et les menaces réduisant le taux de survie des adultes (tirs, empoisonnements, électrocutions, dérangements sur les sites de reproduction) rendent l’espèce encore très fragile malgré les efforts faits pour sa conservation.

 

Insolite !

Outre son comportement alimentaire surprenant, le gypaète montre une autre particularité : il se baigne dans des sources et des boues ferrugineuses afin de se colorer. Ainsi, le plumage de sa tête, de son poitrail et de son ventre qui est naturellement blanc chez les adultes détenus en captivité, est de couleur orangé à rouille dans la nature (excepté en Corse où les sources ferrugineuses sont rares). Le besoin des gypaètes de se colorer a suggéré plusieurs hypothèses qui partagent encore l'avis des experts : thermorégulation, protection contre les parasites, protection contre l'usure du plumage, et enfin, signal de territorialité de l'oiseau. Cette dernière hypothèse serait conforme avec les observations effectuées dans les Pyrénées : les adultes territoriaux montrent une coloration plus intense que les non reproducteurs ; ce comportement permettrait de signaler la présence des couples sur leur territoire et de limiter ainsi les conflits avec des congénères à la recherche d'un partenaire ou d'un territoire.

Un gypaète se colorant le plumage

Un gypaète se colorant le plumage (Photo : PNM / DR)

Les gypaètes acquièrent leur plumage d'adulte à l'âge six ou parfois sept ans. Celui-ci se caractérise par une queue et des ailes gris foncé qui contrastent fortement avec la couleur orangée du ventre et de la tête. Les jeunes sont de couleur brun sombre et les subadultes ont un plumage intermédiaire.

 

Où le trouver ?

Le gypaète est une espèce des espaces ouverts et, dans les Alpes, il se cantonne, à la haute montagne. Un couple de gypaètes exploite un vaste territoire d’environ 300 km2, en parcourant longuement les crêtes et les alpages à la recherche de cadavres. On peut observer l’espèce sur l’ensemble des Parcs du Mercantour et Alpi Marittime où le programme de réintroduction permet peu à peu son retour.
Vous pouvez notamment observer de jeunes gypaètes lâchés avec certaines plumes décolorées selon un code permettant leur identification.

Les régions montagneuses où l'on rencontre le gypaète sont généralement marquées par un climat rigoureux avec des avalanches et les conditions météorologiques hivernales parfois extrêmes. Le gypaète commence sa nidification en hiver. Au printemps, les jeunes naissent lorsque la montagne offre avec la fonte des neiges, un grand choix de cadavres parmi la faune sauvage (animaux pris dans les avalanches au cours de l'hiver).

L'envol et l'émancipation (ou période de dépendance) du jeune ont lieu en été et coïncident avec la saison où la montagne offre les ressources alimentaires les plus abondantes avec la présence des troupeaux transhumants en montagne. Les gypaètes juvéniles peuvent accomplir dès leur première année de vie de grands déplacements. Ils peuvent visiter l'arc alpin, d'un pays à l'autre, au bout de quelques mois. A l'âge de 4 ou 5 ans, les gypaètes presque adultes commencent à chercher un partenaire, puis un territoire où ils pourront nicher lorsqu'ils seront adultes.

Le domaine vital d'un couple de gypaète est de superficie variable (entre 100 et 750 km2 dans les Alpes, 300 km2 en moyenne dans les Pyrénées et en Afrique du Sud). Les gypaètes cherchent leur nourriture sur ce territoire, en effectuant de longs vols planés en épousant le relief. Au coeur de ce territoire, chaque couple possède un site de nidification abritant plusieurs aires qu'il défendra vigoureusement contre les intrus.

 

Nidification dans des conditions extrêmes

Une aire de gypaète

Une aire de gypaète (Photo PNM / DR)

Une aire de gypaète se situe le plus souvent dans une vaste grotte ou abritée des intempéries sous une vire surplombée, entre 1400 et 2400 m dans les Alpes ; il nichait en dessous du niveau de la mer près de la Mer Morte et niche probablement jusqu'à 5000 m d'altitude dans l'Himalaya. Le nid est composé d'un vaste matelas de branchages recouvert de laine de mouton.

Après la construction ou la recharge du nid en automne, la femelle pond généralement deux oeufs à plusieurs jours d'intervalle, entre fin décembre et fin février en Europe occidentale. Lors de la couvaison et de l'élevage des jeunes, le mâle et la femelle se partagent les tâches de façon très équitable afin de pouvoir réussir leur reproduction.

Après 54 jours d'incubation environ, l'éclosion du premier puis du deuxième oeuf intervient, mais un seul des deux poussins (souvent le premier) survit. Le deuxième poussin meurt quelques heures ou quelques jours après l'éclosion. Le rôle du deuxième oeuf serait celui de substitution au cas où le premier oeuf ne donnerait pas de poussin. L'aîné des poussins est agressif avec son cadet moins développé et l'empêche de se nourrir. Les adultes n'interviennent pas dans ce conflit fratricide appelé caïnisme car ils ne pourraient en aucun cas réussir à élever deux jeunes simultanément.

Le jeune gypaète prend son envol environ quatre mois après l'éclosion (généralement en juillet en Europe occidentale). Pendant quelques semaines, il sera encore nourri par ses parents. Un gypaète vivant à l'état sauvage niche pour la première fois vers l'âge de 7 ou 8 ans (mais il existe de rares cas de reproduction précoce). Cependant, la toute première tentative de reproduction d'un couple se solde généralement par un échec.
Les gypaètes peuvent être particulièrement sensibles à toute intrusion à proximité de leur site de nidification tout le long de la période de reproduction qui débute dès l'automne et s'achève lorsque le jeune quitte le site au milieu ou à la fin de l'été.

 

Dynamique de population

Les gypaètes se reproduisent tard et ne peuvent élever qu'un seul jeune par an dans les meilleures conditions. Théoriquement, la productivité tardive et limitée des gypaètes est compensée par une longévité importante des adultes qui ne peuvent toutefois pas espérer vivre aussi longtemps dans la nature qu'en captivité. A cause de cette stratégie démographique lente, les populations de gypaètes ne peuvent augmenter que très lentement dans les milieux sauvages, sans intervention. En conséquence, si des cas de mortalité non naturelle viennent à se présenter, la productivité des gypaètes qui est naturellement faible ne pourra pas les compenser ; de même, si la productivité des gypaètes devient trop faible, elle ne pourra pas compenser un taux de mortalité élevé.

Un gypaète barbu juvénileUn gypaète barbu juvénile (Source : Texte et photos, livret "Le gypaète barbu dans les alpes", programme LIFE, 2007)
 

Espèce ressemblante

Les vautours fauves et moines ont une taille similaire mais leurs ailes plus larges leurs donnent une allure plus massive.
Les jeunes gypaètes encore sombres sont plus difficiles à reconnaître, mais on portera attention à l’extrémité de la queue qui est toujours en coin chez les gypaètes (contrairement aux autres vautours et à l’aigle).

 

Statut de protection

C’est une espèce en danger d’extinction qui bénéficie d’une protection intégrale au niveau national (arrêté modifié du 17 avril 1981). La perturbation intentionnelle des gypaètes à proximité de leur site de reproduction est interdite par l’arrêté ministériel du 12 décembre 2005 (R 415-1 du Code de l’Environnement).